Chronique | Un printemps pas comme les autres dans la LNH
La course aux séries dans l'Association de l’Est de la Ligue nationale de hockey (LNH) ressemble à la dernière scène de combat du film Rocky II. Dans Rocky II, le champion Apollo Creed et Rocky Balboa s’affrontent dans un combat de championnat du monde qui ne tourne pas comme prévu. En déviant du plan de combat préparé par leur entraîneur respectif, Creed et Balboa transforment l’affaire en imprévisible bataille de rue. Dans les derniers instants du dernier round, après avoir martelé Creed de douloureux coups au corps, Balboa assène au champion une solide droite à la tête. Mutuellement sonnés et épuisés, les deux boxeurs tombent au plancher. L’arbitre entame alors un interminable compte de 10 qui, grâce à la magie du cinéma, dure pas moins de 51 secondes. Au compte de neuf, après avoir rampé jusqu’aux câbles pour s’y accrocher et tenter de se relever, Apollo Creed s’affaisse dans un coin. Il est à bout de force. Mais juste avant que l’arbitre termine le compte, Rocky Balboa parvient miraculeusement à se remettre sur pied, causant ainsi l’une des plus grosses surprises de l’histoire de la boxe. *** Dans la LNH, ça fait déjà quelques semaines que les équipes de l’Est qui convoitent le dernier rang donnant accès aux séries tombent, rampent et tentent de se relever avant que la cloche finale se fasse entendre. Écartés du tournoi printanier depuis 2017 – il a fallu avoir recours au bris d’égalité pour les exclure l’an passé –, les Red Wings de Détroit ont accueilli un nouvel entraîneur, Todd McLellan, cette saison après un début chancelant. À la surprise de plusieurs, ils semblaient finalement destinés à se qualifier. Mais voilà, les Red Wings ont trébuché, ne remportant que 4 de leurs 15 derniers matchs. Ils ne se situent présentement qu’à trois points d’une place en séries, mais ils ont trois équipes à devancer, en plus des Islanders avec lesquels ils sont à égalité, et il ne leur reste que neuf matchs à disputer. Dénués de quelque qualité distinctive que ce soit, les Islanders de New York ont fait une bonne chose cette saison : ils ont compilé une fiche de 9-3-0 en janvier. Et à part quelques victoires collées au début de mars, ils se sont constamment situés sous la ligne de flottaison. Que font-ils dans cette course aux séries? Même si elle a subi dimanche une 8e défaite en 11 matchs, l’équipe de Patrick Roy reste à trois points d’une place en séries, dans la même situation que les Red Wings. Éprouvés par l’accident de la route qui a coûté la vie à leur vedette Johnny Gaudreau, les jeunes Blue Jackets de Columbus ne devaient pas constituer une menace cette saison. Leur attaque dévastatrice a toutefois changé la donne. Au début de mars, ils occupaient le 7e rang dans l’Est et constituaient l’une des plus grosses surprises à travers la ligue. Mais voilà, Columbus n’a remporté que 3 de ses 12 dernières rencontres. Malgré cela, incroyablement, seulement deux points les séparent d’une place en séries alors qu’ils ont deux matchs en main sur les Rangers de New York, et un sur le Canadien. Les Rangers faisaient quant à eux partie des équipes quasi assurées de participer aux séries cette saison. Mais insatisfait du départ ordinaire de son club, le directeur général Chris Drury s’est mis à échanger des joueurs (7 au total) comme si sa vie en dépendait. Les Blueshirts ont flirté avec les deux derniers rangs donnant accès aux séries toute la saison. Mais ils ont aussi trébuché solidement ces derniers temps en ne remportant que 3 de leurs 13 derniers matchs. Comment peuvent-ils encore être dans le coup après un tel sabordage? Les Rangers sont pourtant à égalité avec le CH, détenteur du 8e rang, avec 77 points en banque, mais aussi avec un match de moins à disputer. *** Tout cela nous mène au Canadien, qui apparaît aussi imprévisible que les autres et qui a remporté, dimanche après-midi, l’une de ses victoires les plus improbables de la saison en Floride. Au moment où on la croyait au plancher, la deuxième plus jeune formation de la LNH a vaincu les Panthers, champions en titre de la Coupe Stanley, au compte de 4-2. Les hommes de Martin St-Louis, qui n’ont remporté que 4 de leurs 12 derniers matchs, ont du même coup évité ce qui aurait été une catastrophique sixième défaite d'affilée. Ils se sont en plus réapproprié le dernier rang donnant accès aux séries. Disons toutefois les choses comme elles sont : nous assistons à une saison atypique, voire abracadabrante. Et le Canadien, comme les autres équipes mentionnées ci-haut, ne devrait normalement pas être impliqué dans une course aux séries. Quand une équipe de milieu de peloton perd les trois quarts de ses matchs pendant trois semaines dans la dernière ligne droite du calendrier, elle se fait habituellement larguer et on n’en entend plus parler. Pourtant, les Red Wings, les Islanders, les Blue Jackets, les Rangers et le Canadien sont encore tous bien en vie. Le CH, à qui personne ne prédisait une présence au tournoi printanier, a connu l’un des pires camps d'entraînement et l’un des pires débuts de saison de son histoire. Le retour au jeu de Patrik Laine au début de décembre et l’acquisition du défenseur Alexandre Carrier ont coïncidé avec une formidable période de succès qui a ensuite été suivie d’une autre descente aux enfers miraculeusement interrompue par la pause de la Confrontation des 4 nations. Après ce congé, le Canadien a formé pendant trois semaines l’une des trois meilleures équipes de la LNH. Puis, la défense a soudainement recommencé à s’effondrer, et l’équipe s’est à nouveau retrouvée en chute libre. Trois effondrements plus tard, les partisans de l’équipe pourraient être tentés de se dire que la tempête est probablement passée et que cinq des neuf derniers matchs du CH seront contre des formations exclues des séries. Le hic, c’est que les choses ne se passent pas ainsi cette saison. Les équipes impliquées dans cette course se sont tellement tirées dans le pied, et parfois de manière tellement inexplicable, que la seule chose à laquelle on puisse logiquement s’attendre, c’est qu’à la fin des émissions, ce soit au moins pire la poche. *** Depuis le lock-out de la saison 2004-2005, les trois pires résultats enregistrés par des équipes qualifiées pour les séries – au terme de saisons de 82 matchs – ont été une récolte de 87 points du Wild du Minnesota (2015-2016) et des récoltes de 88 points par le Canadien et les Flyers (2009-2010). À trois semaines de la conclusion de la saison, il apparaît tout à fait possible que ce genre de récolte soit suffisante pour décrocher le dernier rang donnant accès aux séries. Qui sait, le record de la plus faible récolte sera peut-être même battu. Le CH, qui est en ce moment l’équipe la mieux positionnée, aurait besoin de jouer pour ,666 – ce qui serait très élevé – pour boucler la saison à 89 points. Au bout du compte, ces montagnes russes marquées de défaites ahurissantes, de doutes, de longs passages à vide, de remontées improbables et de victoires inattendues rendent ce printemps follement intéressant. Personne ne sait qui parviendra à se relever.
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